Comment faire taire les armes à Beni ?

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Beni notre ville martyre. Le sang y a tellement coulé qu’on peut en faire un fleuve. Combien de fois devrait-on croiser les bras et compter nos massacres ? Les groupes armés ne sont invincibles qu’en République démocratique du Congo ?

Lors des 20 premiers mois de la présidence de Félix Tshisekedi, le Baromètre sécuritaire du Kivu a enregistré « 2127 civils tués, 1450 enlevés, 938 kidnappés… ». Les massacres continuent. Récemment 10 civils ont encore été tués à Beni. Il y a pourtant quelques pistes de solutions si l’on veut que la paix revienne dans l’est de la RDC. Ce sont des solutions bien connues mais qu’on applique peu ou pas.

  1. La population doit se prendre en charge

Ici, se prendre en charge ne veut pas dire que chaque civil doit porter des armes. Mais il peut faire quelque chose. Aucune guerre, surtout la guerre non conventionnelle, ne peut se terminer sans l’implication de la population. Avant de compter sur autrui, il faut compter d’abord sur soi-même.

La première chose : la population locale, par une révolution pacifique, doit dire non aux groupes armés dans le Kivu. Cela veut dire s’opposer énergiquement, les mettre en échec, dénoncer systématiquement aux autorités tout individu, tout mouvement suspect et toute velléité de création de groupe armé. Cette stratégie a marché au Kasaï contre les Kamuina Nsapu, une guerre sanglante qui a fait plus de 3400 morts et plus de 80 fosses communes. Les populations collaboraient activement avec les services de sécurité, et cela a facilité la tâche aux FARDC dans la traque des miliciens.

Malheureusement, ce n’est pas souvent le cas dans l’Est : parfois les chefs de milices ont le soutien et la protection de leurs ethnies. Conséquence : certains groupes armés bénéficient d’une certaine couverture dans la population ou dans l’armée. Avec ça, même si on fait venir les marines américains pour sécuriser le Kivu, le sang coulera toujours. Même si Tshisekedi va habiter à Goma pendant 80 ans ou même mourir pour la paix, rien ne changera. C’est plutôt la prise de conscience des populations pour leur propre sécurité qui peut faire la différence. Loin de nous ici l’idée de justifier l’incapacité et la négligence des autorités.

Comment comprendre que de hautes personnalités du Kivu soient elles-mêmes accusées de faciliter la vente et la circulation illégale d’armes qu’on utilise pour tuer leurs propres compatriotes ? La place de telles personnalités est en prison.

2. La Monusco doit faire son travail ou partir

S’il y a une force devenue inutile en 22 ans de mandat, c’est la Monusco. Elle est là comme si elle n’est pas là. Et les groupes armés sont à l’aise comme poisson dans l’eau malgré la présence des casques bleus.  Vaut mieux qu’ils partent plutôt que d’être là à compter nos morts à Beni et dans l’Ituri.

Il faut redéfinir le mandat de cette fameuse Monusco. Ce ne devrait plus être un mandat annuel, mais plutôt trimestriel, avec exigence de résultats. Malgré sa longévité, cette mission onusienne a prouvé son inefficacité depuis environ une décennie. La preuve, elle ne fait que changer de patrons : William Swing, Alan Doss, Roger Meece, Martin Kobler, Leila Zerrougui, Bintou Keita…

C’est devenu une ristourne où chacun a son tour. Et à chaque fois, ils amènent les mêmes promesses de paix et de stabilité qui ne seront jamais tenues. Puis ils nous disent : « Nous n’avons pas vocation à remplacer l’armée congolaise ! »

Pour nous, si dans une année l’actuelle représentante du secrétaire général de l’ONU, Bintou Keita, ne donne pas les résultats escomptés dans l’est de la RDC, – c’est-à-dire : la neutralisation des ADF, des FDLR et d’autres groupes armés-, la Monusco ferait mieux de faire ses valises. Elle est inutile. Le Congo ne peut rester l’éternel pourvoyeur d’emplois pour les agents de l’ONU rémunérés sur le sang des Congolais.

3. Donner de la motivation à l’armée congolaise

On ne comprend pas cette incapacité de l’armée congolaise à assurer la paix dans l’est du pays. N’a-t-elle pas d’hommes, d’armes et de munitions ? Cet embargo dont serait frappée la RDC sur les armes est-il toujours en vigueur ou pas ? Pourtant, notre armée a fait ses preuves dans le passé et le pays était respecté.

En fait, le problème se situe entre autres au niveau de la prise en charge des militaires envoyés au front. Plusieurs fois, on a dénoncé la trahison des plans de guerre et des secrets-défense des FARDC. Quand l’ennemi est toujours informé de toutes vos stratégies militaires et en temps réel, c’est qu’il y a un problème ! Dans ce cas, il n’y a pas mille solutions : il faut écarter purement et simplement tout militaire ou officier infiltré ou suspecté de collaboration avec l’ennemi.

Mais il y a autre chose encore : les détournements des primes des militaires. De nombreux témoignages vont dans ce sens. Si l’on veut de vrais résultats, il faudra mettre les hommes au front dans de bonnes conditions et la motivation suivra.

L’armée congolaise doit être renforcée pour que sa montée en puissance fasse peur et soit dissuasive.

4. Les pays voisins doivent cesser de jouer un double jeu

On ne le dira jamais assez ! L’instabilité dans l’est du Congo semble faire le bonheur des pays voisins. Dans ce cafouillage, les minerais congolais et autres ressources naturelles sont pillés et transitent par ces pays voisins (qui en tirent de gros dividendes) avant de se retrouver sur le marché international. Raison pour laquelle, ces pays n’ont pas intérêt à voir la paix s’installer durablement dans l’est du Congo. Il faut sanctionner lourdement ces pays lorsqu’il y a des cas avérés. Sanctionner également les entreprises et les pays qui osent acheter les minerais congolais ayant transité frauduleusement par les voisins directs du Congo..

5. La communauté internationale doit véritablement s’intéresser à la question de l’est du Congo

L’insécurité à l’Est étant une résultante de facteurs impliquant plusieurs pays, la RDC ne peut seule y faire face. Africa sans haine préconise l’organisation d’une conférence internationale sur Beni, avec la participation de grandes puissances et des pays de la région de Grands lacs. Malheureusement, la communauté internationale a jusqu’à présent montré son manque de volonté politique.

Il ne suffit pas de qualifier les ADF de groupe terroriste. Il faut agir, car le sang a trop coulé. Nous pensons qu’en dehors des combats au sol, il faut mettre les moyens nécessaires et conséquents, surtout les moyens aériens pour localiser les sanctuaires et activités des groupes armés et les détruire d’en haut. Cette stratégie est l’une de celles qui ont permis d’éradiquer Daesh en Irak.

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