RDC : stigmatisation des « non-Katangais », un bémol au forum sur la réconciliation du Katanga

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Une table ronde de réconciliation est toujours une bonne idée. Seulement voilà, celle qui vient de se terminer à Lubumbashi sur la réconciliation katangaise pose problème. Elle semble stigmatiser les Congolais non originaires de cette province. Là c’est un problème.

Le forum sur la réconciliation katangaise parrainée par l’Église catholique sous l’égide de l’évêque de Lubumbashi, Fulgence Muteba, on a eu le mérite de faciliter la poignée de mains entre deux grandes personnalités rivales du Katanga, en l’occurence l’ancien président Joseph Kabila et l’opposant Moïse Katumbi. C’était une image forte et un des résultats positifs que l’on gardera de ce forum de Lubumbashi.

« Les non-originaires… »

Cependant, dans le discours introductif du forum prononcé par l’archevêque Fulgence Muteba, on a noté des propos à caractère identitaire et d’exclusion visant des communautés congolaises non katangaises. L’évêque semble prôner la katanganité, comme dans la citation suivante :

« Au-delà de la main noire étrangère, il y a la volonté de certains compatriotes non originaires qui cherchent à tout prix, à s’assurer la soumission et l’exploitation du peuple katangais et le pillage de son sous-sol.        

[…] Les querelles de chapelle et les divisions des frères et sœurs politiciens ou d’autres personnalités importantes du Katanga ne servent pas les intérêts de la population katangaise, elles servent la cause des non-Katangais […] »

Beaucoup de voix se sont élevées pour dénoncer ce genre de propos. L’avocat et défenseur des droits de l’homme Hubert Tshiswaka Masoka a même adressé un mémo à l’évêque Fulgence Muteba, lui demandant de « corriger de toute urgence le message » envoyé à travers ce forum.

Non aux discours d’exclusion ethnique

Africa sans haine a toujours dénoncé le discours sur la congolité qui vise à exclure du jeu politique certains Congolais aux parents étrangers. De même, on ne peut tolérer le discours de katanganité qui porte en lui des germes de division entre peuples d’un même pays au motif que tel est originaire ou non du Katanga.

Quand on connait les violences et les tensions qui ont toujours émaillé la cohabitation entre originaires et non originaires du Katanga, il ne fait aucun doute que le discours du genre « Katangais et non-Katangais » est très dangereux pour l’unité des fils et filles de la RDC. Surtout lorqu’il s’agit d’une province dont plusieurs ressortissants nourrissent des velléités sécessionnistes.

Faut-il rappeler qu’au début de la décennie 90, le discours tel que « Katanga ni yetu » (Le Katanga est à nous) avait entraîné l’expulsion des non originaires du Katanga, notamment les ressortissants des provinces du Kasaï.

Aujourd’hui, à l’approche des élections générales de 2023, période où généralement les clivages ethniques et communautaires sont instrumentalisés, des concepts haineux tels que congolité et katanganité sont à bannir en République démocratique du Congo.

Les Congolais ont plus à gagner dans l’unité que dans l’exclusion.

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