L’antisémitisme en Afrique : ce qu’il faut savoir

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L’antisémitisme a pour définition courante l’aversion envers les Juifs et l’État d’Israël. Ce type de haine contre l’Etat hébreu est également présent en Afrique et sur les réseaux sociaux africains.

En effet, l’antisémitisme est l’une des catégories de haine raciale les plus graves de ces deux derniers siècles. L’Afrique n’est pas épargnée par ce fléau. Même s’il faut reconnaitre qu’il n’a pas la même ampleur que sur d’autres continents.

Qui lutte contre l’antisémitisme en Afrique ?

Ce qui est grave c’est que les actes antisémites existent en Afrique, mais sont très peu documentés. Parmi les organisations qui luttent contre l’antisémitisme en Afrique, figure la Lica, Ligue internationale contre l’antisémitisme en Afrique du Nord. Mais comme son nom l’indique, la Lica semble limiter son champ à la seule Afrique du Nord.

On estime à au moins 72 000 le nombre de Juifs éparpillés dans plusieurs régions d’Afrique (stat 2019).

En Afrique subsaharienne, rares sont les organisations basées en Afrique et qui luttent contre l’antisémitisme. On entend parler des cas de haine contre les Juifs seulement quand cela passe dans les médias. Et souvent, ce n’est pas évoqué comme de l’antisémitisme, mais plutôt comme de simples incidents.

Depuis 2021, Africa Sans Haine dénonce des cas d’antisémitisme en Afrique. Pour nous, aucun peuple, aucune race ne devrait faire l’objet de discours de haine. Raison pour laquelle notre lutte contre les discours haineux implique également la lutte contre l’antisémitisme sur le continent africain. Nous voulons une Afrique où tout le monde est le bienvenu.

Contexte : histoire et religion

L’Afrique est un continent qui n’a pas connu la Shoah comme ce fut le cas en Europe. Certes, il y avait bien un projet d’Hitler de massacrer des Juifs d’Afrique du Nord pendant la deuxième guerre mondiale, mais il a été mis en échec par les Alliés. Les seuls génocides connus sur le continent ce sont les génocides rwandais et namibien

Les Africains vivant dans l’Allemagne nazie ont, eux, été vicitimes de beaucoup de racisme. Ils étaient exclus du système scolaire et étaient interdits de relations sexuelles avec les blancs allemands pour ne pas mélanger les races. Mais contrairement aux Juifs, les Africains n’ont pas connu l’extermination en Europe nazie.

Sur le continent africain, il y a eu des Juifs venus par l’immigration et ceux qui se réclament de cette race. Vers le 15e siècle, des Juifs venus d’Espagne et du Portugal se sont installés en Afrique de l’Ouest, dans des pays comme le Sénégal, la Mauritanie, etc. Pas besoin d’évoquer l’histoire des Juifs éthiopiens (Beta Israël) trop connue pour qu’on s’y appésantisse dans cet article.

Au Maghreb, « L’Algérie française du 19siècle fut un terreau particulièrement fertile à l’antisémitisme, un mouvement qui essaima vers d’autres régions d’Afrique du Nord. Le décret Crémieux de 1870 entraîna dans son sillage une littérature antisémite de langue française abondante et une vague européenne de violence contre les Juifs Algériens », peut-on lire dans l’encyclopédie multimédia de la Shoah.

D’une manière générale, dans l’Afrique noire et chrétienne, beaucoup d’Africains sont très respectueux d’Israël et des Juifs qu’ils considèrent comme la race de Jésus-Christ. D’autres sont très attachés aux prescrits de l’Ancien Testament biblique. En plus, nombreux parmi les chrétiens africains soutiennet que Jérusalem est la capitale éternelle de l’Etat d’Israël.

En RDC par exemple, les premiers Juifs sont arrivés pendant la colonisation et se sont établis dans des villes comme Lubumbashi, Kananga et autres. Malgré le fait qu’elles n’ont auciun lien de sang avec Israël, certaines ethnies congolaises n’hésitent pas à s’identifier aux « Juifs », estimant que leurs coutumes sont semblables à celles des Juifs du temps biblique. C’est le cas de l’ethnie Luba du Kasaï au centre de la République démocratique du Congo. On l’a surnommée une fois les « Juifs du Congo« .

Pareil pour l’ethnie Igbo du Nigeria. Elle se considère comme l’une des descendances des tribus perdues d’Israël. Les Igbo souhaitent que l’Etat hébreu les reconnaissent formellement comme Juifs. A Abudja par exemple, certains Igbo fréquentent des synagogues où ils lisent la Torah sur parchemin et pratiquent les mêmes rites qu’en Israël.

En Côte d’Ivoire, l’ethnie Dan, également appelée Yacouba, se réclame des origines juives. Ses coutumes et traditions se réfèrent à la Bible… Il y a aussi les Nyambo de la Tanzanie, une ethnie en majorité chrétienne, mais qui prétend être descendants des Hébreux.

La liste n’est pas exhaustive. Ce qu’il faut savoir c’est que dans plusieurs groupes ethniques africains, les mots « Juifs » ou « Isaraël » jouissent d’un certain prestige et même d’un prestige certain.

Cet attachement à la Torah et à la Bible fait que chaque fois qu’il y a un conflit ouvert entre Israël et la Palestine ou n’importe quel autre pays, un grand nombre d’Africains chrétiens ou judaïsés prennent automatiquement fait et cause pour Israël. C’est une position motivée par leur foi ou leur sympathie envers Israël. C’est ce qui explique le fait que des cas d’antisémitisme sont extrêmement rares dans l’Afrique chrétienne.

On estime que haïr ou maltraiter les Juifs c’est se chercher des problèmes avec le Dieu d’Israël. Dans certaines contrées africaines dominées par le christianisme, il y a des gens qui ne connaissent même pas le mot « antisémitisme », tout simplement parce que la haine contre les Juifs n’existe pas dans leur culture. Cependant, des individus antisémites existent bel et bien dans cette Afrique chrétienne.

L’Afrique musulmane

Dans les pays africains arabes et musulmans (bien sûr pas tous), la perception qu’ils ont des Juifs est différente. Beaucoup de musulmans africains soutiennent la cause palestinienne et accusent Israël de persécuter les Arabes palestiniens. Parmi eux apparaissent des messages hostiles aux Juifs et à l’Etat d’Isarël. Cette hostilité se manifeste par des actes ou des propos antisémites.

Mais attention : tous les Arabes et musulmans africains ne sont pas antisémites. Ils peuvent être contre Israël, pas en tant que race, mais plutôt en raison de sa politique vis-à-vis de la Palestine. Plusieurs fois, on a vu des musulmans africains respecter Israël en disant que Juifs comme Palestiniens sont issus d’un même ancêtre : Abraham. Du coup, la religion joue beaucoup dans la perception que les Africains ont du conflit israëlo-palestien.

Malheureusement, le fait que Jérusalem est une terre sainte revendiquée à la fois par les Juifs, les musulmans et les chrétiens, opposera toujours les Africains selon qu’ils sont de l’une ou l’autre religion. Le statut de Jérusalem est l’un des sujets qui génèrent des discours antisémites en Afrique.

Les Africains non liés à la religion

L’islamisme et le christianisme ne sont pas que des religions, ce sont aussi des cultures qui se sont développées et qui parfois n’ont rien à voir avec le Coran ou la Bible.

Certains propos et actes antisémites ou islamophobes sont commis par des Africains qui se sont émancipés des cultures chrétienne ou musulmane de leurs pays. Il existe des Africains qui se définissent pas comme musulmans ni chrétiens, mais plutôt comme intellectuels ou simples anonymes, et ne s’empêchent pas à tenir des propos qui offensent les Juifs ou les musulmans. Et leurs actes peuvent être des insultes, de la xénophobie et parfois des appels à la violence ou aux meurtres.

En RDC, des enjeux politiques ou électoraux locaux ont souvent donné lieu à des propos qui frisent l’antisémitisme. Par exemple, un Congolais d’origine juive (Moïse Katumbi) a été empêché de se présenter à l’élection présidentielle de décembre 2018 sous entre autres prétextes qu’il est Juif, Italien ou même Zambien.

En 2021, une proposition de loi a été déposée au Parlement de RDC préconisant que seuls « les Congolais de père et de mère » ont le droit de briguer la magistrature suprême. Beaucoup voient en cette loi un objectif d’écarter Katumbi de la présidentielle prévue en 2023.

En Afrique du Sud, les propos antisémites sont fréquents en raison du fait que les Sud-Africains comparent la politique d’Israël en Palestine au régime d’apartheid qu’ils ont connu pendant plusieurs décennies. Des messages violents et antisémites passent en ligne comme dans la vie réelle. Un homme avait par exemple tweeté : « La Shoah sera semblable à un pique-nique une fois qu’on en aura fini avec vous, bâtards de sionistes. » Des propos inacceptables et condamnés par la justice sud-africaine.

Haïr un peuple, une race ou un pays, est un non-sens

Dans l’histoire de l’humanité, les peuples, les races, les religions et les nations ont passé des siècles, voire des millénaires à se combattre. C’est parce qu’ils ne voulaient pas s’accepter et se tolérer mutuellement. Ainsi sont nés les guerres, les invasions, le racisme, les conflits des religions, la haine ethnique, la traite négrière, l’antisémitisme, etc.

Il est inconcevable que toutes ces choses aient encore de la place dans le monde moderne où on parle démocratie, droits de l’homme, respect de l’autre…

L’antisémitisme, le racisme, tout comme l’islamophobie, sont des tares à bannir de notre société. Pourquoi haïr quelqu’un parce qu’il est Juif, chrétien ou musulman ? Cela est-il prêché dans les moquées, les églises ou les synagogues ? La seule manière de vivre pacifiquement ensemble c’est de nous accepter mutuellement dans nos différences, nous tolérer dans nos convictions politiques, religieuses… Et surtout rejeter la violence, qu’elle soit verbale ou physique.

Quand les conflits surviennent, on devrait les régler autour d’une table. Pas dans la vengeance et l’escalade verbale. Et même si les positions peuvent paraitre irréconciliables, rien ne peut justifier la haine.

La solidarité avec la Palestine est une chose tout-à-fait normale, sauf quand on le fait en usant d’antisémitisme. En mai 2021, les propos anti Juifs ont augmenté en Afrique lorsqu’a éclaté la guerre entre Israël et le Hamas. En Afrique du Sud par exemple, des maifestations ont eu lieu dans les rues pour soutenir le Hamas. Et on pouvait entendre des manifestants scander des cris du genre : « A bas Israël ! »

Israël et l’Union africaine

L’hostilité envers Israël est également latente dans les instances dirigeantes des Etats africains. A l’Union africaine, certains Etats refusent à accepter de donner le statut d’observateur à l’Etat hébreu. Récemment à la 35e session de l’UA, la question devait être confiée à un comité pour trouver un consensus. Pourtant, l’ancien chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat, avait plusieurs fois participé à des sommets de l’Organisation de l’unité africaine avec le statut d’observateur.

Certains analystes voient dans ce refus une teinte d’antisémitisme chez ces Etats qui rejettent Israël en raison du conflit palestinien, mais qui ferment les yeux sur les exactions de la Chine à HongKong, Taïwan et sur les Ouïghours.

Beaucoup de pays africains se sont pourtant ouverts à la coopération avec Israël. Sur 55 Etats membres de l’Union africaine, « 44 reconnaissent Israël et ont établi des relations diplomatiques avec cet Etat. 17 parmi eux ont ouvert des ambassades à Tel Aviv et 12 y ont ouvert des consulats généraux », a déclaré le 06 février 2022 Moussa Faki Mahamat, président de la Commision de l’Union africaine. Et donc, 11 pays sur les 55 sont opposés à Israël.

Par ailleurs, pour ce qui est des discours antisémites en Afrique, même s’ils sont prononcés par des officiels, ils n’engagent souvent pas les Etats ni l’opinion publique de leurs pays, mais plutôt leurs auteurs, c’est-à-dire des individus. Par exemple, pour s’attaquer à ses adversaires politiques, le Premier ministre éthiopien Aby Ahmed les a qualifiés récemment de : « (…) Traitres internes, les Juifs, qui aidaient les ennemis externes, les Romains, à persécuter le Christ. »

Des propos très critiqués, mais on ne peut pas dire qu’ils engagent l’ensemble de l’Etat éthiopien. Car, sauf erreur, il n’existe pas un pays en Afrique qui ait inscrit dans son programme de gouvernement la haine contre les Juifs et contre l’Etat d’Israël. Souvent, ce sont des individus (au pouvoir ou non) qui expriment leur haine et des convictions tout-à-fait personnelles.

En conclusion, l’antisémitisme existe en Afrique et c’est bien dommage. On doit le combattre, de même que tous les autres discours de haine. Ce qui est pathétique c’est que certains Africains sont antisémites sans s’en rendre compte. C’est parce que la notion même d’antisémitisme est encore soit méconnue, soit incomprise en Afrique.

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